Nos existences mal adaptées – Aux louves

Nous ne sommes pas adaptées, tout comme vous, louves du désert ou de la forêt ou du bitume. Devant nos regards, nos larmes, nos cris, nos rires, nos vies mal adaptées, il y a le reflet de notre impudeur à essayer d’être ce que nous voudrions voir. Ça ne marche pas ? ça claque dans nos oreilles les faux cris, des fausses réprimandes douteuses, de ce qu’il faudrait, de ce que l’on devrait être. Nous sommes nées, au hasard d’un monde malheureux, si en son sein nous savons même une seconde en créer la joie, le plaisir, alors nous pouvons cracher sur tous ceux qui viendront en roi des règles plates, nous tapés sur les doigts. Nous sommes ailleurs, et notre douleur qui appartient au monde, et bien nous vivons avec comme il nous plait, qui pourra nous reprocher cela ? A l’errance des louves, à vos aboiements, aux miens ; ils sont notre abri, notre grotte, de cette existence ordonnée et morne, dont nous ne voudrons jamais.

La paume vide

Comme un regard posé, fixé sur le toit d’en face

Comme deux couvreurs pendus à une sangle au dessus de

C’est flou madame, voilà ce que je lui répondrai

Il faut lire pour pouvoir écrire, réécrire

Dans un autre ordre, une autre ligne, en noir sur blanc

Et puis le toit qui ne dit plus rien, sans mot, sans imaginaire au delà

Ça serait ça le néant, celui qui emporte, le trou sans espace à penser

Celui qui m’emporte qui entre dans ma nuit qui hurle la solitude

La semblance qu’il y avait à inventer

Disparue,

et les yeux perdus sur les couvreurs qui ne veulent pas dire, pas parler

Un monde immobile, abominable où l’esprit tourne en rond

Poisson faussement rouge, qui n’oublie pas, qui garde en mémoire

En sale surfeur des mers de honte stagnante, tout remonte à la surface

A vue, même le dégout refuse les mots, il n’est que ce qu’il montre,

Rien à chercher ailleurs

J’ai reçu un cadre en bois, il y a un message gravé derrière, pour …

1972

si c’était les plus belles choses que j’avais vues, la mémoire dite en passant

pas celle flattée, érigée là en preuve d’une existence assurée, qui crie «  nous sommes

bien là »

ou plutôt

«  nous avons bien été là, regardez ! »

Non, pas celle là,

la mémoire découverte, l’archive perdue dans la boue, qui remonte aux

yeux, comme une larme que l’on avait pas avouée

Sous le toit, à droite de la chanlatte, il y a aussi une date gravée, que les couvreurs ne

verront pas

Si seul le passé, fait fléchir le mot dans ma paume, aux avenirs de ceux qui ne seront

plus, ou à ceux qui revivront vainement dans nos esprits rageurs de n’en pouvoir faire

autre chose

Je pourrais dire, nous ne méritons pas ça, quand bien même je vomis tout mérite, il a ici

son seul sens acceptable

Si "il",

« à la mémoire » il disait, il rompait le pain

assis, rien arrive

la table trop basse, pour qu’aucun ne soit posé dessus

à la mémoire, sans songer à aucune des étoiles tombant du ciel

à la mémoire, sans savoir autre chose que le passé

à venir, il avait dit d’ouvrir les yeux

et de ne pas s’asseoir, la contemplation serait ailleurs

et d’habiter le conditionnel, on en mourrait

si il y avait « il », et l’orage tombé de la colère des vivants

à la mémoire, sans savoir autre chose que ces trois mots

posés sur la table, à nos pieds,

la mer chassera ce qu’il reste à exhumer

de l’eau, ni du ciel, ce soir, nous ne verrons une étoile tomber