J’étais nue (2)

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 24 janvier, 2012 par ozhonaaye

J’ai vu la mer et j’ai pleuré cent fois il a dit qu’un fleuve coulait là

J’ai vu le jour et j’étais perdu, je ne reconnaissais pas

La pluie avait abattue l’empreinte de mes rêves

J’ai vu un livre et j’ai senti cent fois

Comment ma gorge ne savait rien de ces mots et rien ne sortait de moi

J’ai vu la nuit encore, en labyrinthe, abrutie d’obscurité

J’ai vu sa main, une fois, puis cent

Et j’ai su alors le livre, le jour,

Puis je l’ai perdue et j’ai pleuré sur mes rêves

J’ai vu la douleur cette fois sans qu’on me dise

Qu’alors elle resterai en moi

Comme le jour, les mots, les rêves

Comme la main qui n’existe plus

J’ai vu l’œil de l’autre clos, la fuite, les mains sur les yeux

J’ai vu l’invisible, ce qui disparaît avant que mon œil ne l’aperçoive

J’ai vu ce que je n’aurai pas, le reste

J’ai vu avant de sentir, sans savoir rien, j’avais ouvert les yeux

Sans que quiconque ne me dise ce qu’il y avait derrière mon âme

J’ai vu en une seconde, et j’ai su alors que je pleurerai toujours

J’ai vu la mer, sous nos larmes et nos pas, elle m’a dit , un fleuve coulait là

J’écris contre un mur

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 27 décembre, 2011 par ozhonaaye

J’écris contre un mur pour la première fois, sans adresse apposée à l’enveloppe, sans histoire qui fourmille dans mon ventre, sans la folie du ciel qui tombe sur mes os, comme si tout pouvait arriver mais rien ne se passe. Pour la première fois, je n’adresse pas, je pose des mots sans un visage, sans imaginer des yeux qui les lisent, sans penser au doigt sur lesquels le papier glisse, sans forcer une main à prendre la lettre, j’écris sans adresse. Les mêmes mots finalement, simplement il n’y a plus de cœur qui bat. Ils lisaient chaque phrase en y cherchant le sang dans les veines, en y cherchant l’autre. Je me tiens debout, marchant sur des œufs, entre chaque lettre, je trébuche un peu et le pavé n’existe plus, depuis bien longtemps. J’écris vers où ? Je ne sais plus, je me vidais avant, au devant de quelqu’un, pour quelqu’un. Ma parole ne porte pas grand chose, ma parole est toujours à moitié vide, comme le verre posé sur la table auquel on ne fait pas attention et qu’on ne pensera jamais à remplir à nouveau.  J’écris, en écho, dans la panique que ma tête ne se vide jamais, que bientôt elle se noie, j’écris parce que je ne vois pas d’autre choses à faire ici, le monde autour ne me vit que comme aliment, nourriture rance, recyclage  du serpent qui a bouffé les trois quart de sa queue. J’écris quand ma sœur accouche, mon grand-père se meure, mes frères s’enfuient, j’écris, je fuis, je meure, je ris, je pleure, enfin par ma propre idée posée sur une feuille. Sans en rendre compte autrement, sans savoir le partager, sentir les hommes un peu plus loin chaque jour et écrire, et l’écrire, mal, autrement, hoquet chronique, je tiens un stylo dans ma main.  J’écris contre un mur pour la première fois.

Je me suis réveillée sans pouvoir au bout des ongles, sans savoir voir le futur,  transformer l’eau en or, ramener le verre d’eau de la table à ma main, je me suis simplement réveillée, sans savoir pourquoi. On était combien à se réveiller ce matin à 10H42 ? Je trouvais ça fou. En ouvrant les yeux, je comprenais cette pièce pour la première fois, les rideaux, le papier peint, la porte close, l’ennui d’une pièce qui ne bouge pas, qui ne bouge plus ; quittée, mal éprise, chambre d’enfant qui n’en verra plus mais que l’on conserve dans l’inutilité de l’espace vacant.  Je la comprenais, elle était restée sous mon observation pendant deux heures, comme un patient après une petite anesthésie générale. Et rien n’avait bougé. Même pas moi, blottie, presque au centre, dans un lit creux, sous une pléiade de cadres nostalgiques. Ceux dans lesquels on aimerait se reconnaître. Il y a des images sur les murs de la pièce vide, des images pâles, passées, extraits de souvenirs, elles en réduisent l’imaginaire. Des familles, des enfants, des tables , des gâteaux d’anniversaires, des reproductions de tableaux de maitres, un cadre tiré d’Amnesty international, le poster de l’ours polaire est rangé dans une boite, plus à propos ? Le choix était un peu absurde, je ne sais pas si le surfeur sur le mur de droite survivra à l’été prochain. La pièce est immobile, dédoublé dans un bout de miroir, je n’y lis rien de moi et pourtant j’y ai dormi pendant 18 ans. Même mon drap est froid, et me dis de partir, de laisser la pièce vide, à elle même. Je n’ai qu’à fermer la porte.

C’est un lendemain de Noel de cette année là et rien ne se porte. Et je vois le déluge ronger les miens, abrutir ma tête, me rendre prompt à la folie, à la grippe qui ronge mes muscles, au froid qui bat ma peau, mon derme, mes ongles, l’intérieure de mon nez, mon palais, je ne ressens plus rien, rien d’autre que le froid, je laisse le vent prendre ma nuque, mon épaule, mon manteau est mal fermé, je l’entrouvre, je sens mon corps lutter avec le souffle du ciel et perdre et bientôt être K.O. La route est sèche, le village est un nuage de silence, je m’y perds, je me crois sourde un instant alors que j’entends dans une rareté incommensurable, le silence de la rue qui se réveille. Je sens le vent, je vois le vide et le silence enveloppe mes tympans, c’est un lendemain de Noel et rien ne se porte, pourtant le jour se lève comme il y a 18 ans.

Il y a la solitude qui nous porte, quand nous savons que nous vivons seuls, peu importe les âmes autour, peu importe les sourires, les corps, l’amour, peu importe, la solitude est là, au milieu de nous, fantôme en automate, elle nous prend la main et nous éloigne, limbe des esprits verrouillés, il fait bon oublier et ne rêver plus qu’avec elle, plus qu’avec nous-mêmes. Dans la vulnérabilité la plus belle qui soit, sous la pluie, et l’odeur du temps en course, j’écris,  contre un mur, pour ma solitude, pour saigner le bras qui heurte mes trippes, pour soulager le serpent qui serre mon cou toujours trop fort. Pour ouvrir la bouche et sentir le froid rentrer à l’intérieure de moi, et prendre mon corps, de l’intérieure et qu’il n’existe plus que ça.  Et l’écrire, mal, autrement, nausée chronique des mots hantés, je tiens un stylo dans ma main. Pour la première fois, j’écris contre un mur.

J’étais nue

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 21 décembre, 2011 par ozhonaaye

J’étais sans habit, j’étais sourde

Avec une corde au cou beaucoup trop longue

J’étais nue et je ne pouvais parler

Je ne connaissais aucun son, sans voyelle, sans consonne

Sans résonance

Sans écho

Sans retour de quelque chose dont tu te souviendrais

J’étais vide

Et en même temps les yeux ouverts là

Je voyais l’horizon dont tu ne te souviens pas

Ode à la fraude sociale

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 11 décembre, 2011 par ozhonaaye

«  la dignité » il dit

quand nous refusons tout mérite

quand ils se rincent sous notre nez

et nous ne lèverons pas de glaive les uns contre les autres

et nous ne nous pencherons pas sur le sac des grands patrons

nous sommes ailleurs

sans se sentir pétris de liberté

dans nos sacs de couchage toujours trop froid

où il hume le vent du controle permanent

nous avons des RSa, voir des allocs, nous avons des droits

sans jamais s’assujettir à des devoirs d’écoliers

poussés au coin, nous en avons fait nos lieux

de résistance, de collectivité, d’autodéfense

nos bateaux flottent dans des eaux houleuses

ils s’y baignent de sombres héros des années honteuses

et quoi, on se noie ?

on voudrait juste écrire des fuck off sur les murs

et quoi d’autre ?

«  la dignité » il dit

et les hirondelles volent toujours malgré les barrières

et nos ampoules ne valent pas leurs sales cheminées montées en tour Eiffel

à la lumière de vos contrôles, de vos normes, de cette lumière là

nous pettons tous ces lampadaires de surveillance parvenue

on rit en grinçant des dents

vous rigolez ou quoi ?

parce que vous n’avez aucune idée de ce qu’est la dignité

se sentir debout

et on vous crache à la gueule en fait

et on vous emmerde

la guerre des pauvres n’aura pas lieu

à qui profite le crime ?

nous sommes rsastes, précaires, nous sommes les grands voleurs

sous la dette accablante

et pourtant nous ne sommes pas des imbéciles.

 

 

 

 

 

La télécommande

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 1 décembre, 2011 par ozhonaaye

Sous la chaise, il y a l’odeur

Persistante de la folie qui s’égare

Sourde, pesanteur du corps assis

Qui se tait, qui se terre

Devant une infusion du temps perdu

A ne plus savoir parler, à laisser la radio muette

Sans jamais savoir comment marche la télécommande

Sans jamais pouvoir s’en rappeler

Des vertèbres et la nuit

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS le 1 décembre, 2011 par ozhonaaye

On ne danse pas, le rythme est ailleurs

Ampoule brisée

Loin du corps, ailleurs

Sous harmonie de ce qui nous fait

On oublie la moitié du temps

Et on pose sous l’autre quart

Polymorphe de Morphée

On perd la nuit

On perd les perles des secondes invisibles

Celles décomptées

Ma tête tourne

Trop vite, trop mal

Décousue, nerfs pris

Ego à dos tourné

Je souffle, ça suffit à ma peau

On ne danse pas

On se touche, on se sent

Mal à demi mot

Je ne vois que les empreintes

Toujours une seconde de retard

Je ne vois que les dos

Vertèbres mal emboitées

Je sens la pluie, passée

Si j’accélère, je danse

Fil lunaire en pesanteur mal calculée

Tu tombes

On ne danse pas

On ne peut plus

Tenir…

Sur la corde qui ne sert qu’au pendu

A demi mort

Il sanglote sous les secondes qu’ils restent

Egrenées au bruit du chapelet

Insupportable perles de la nuit qui finira là

Je m’enfonce, obscurité en outrance

Si je ne suis pas sourde je suis aveugle

Et mes pas s’accélèrent, sans moi

Je tombe alors

Retenue par la même corde du pendu parvenu

 

 

La mer ( 3)

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS, Nous autres, hirondelles le 11 novembre, 2011 par ozhonaaye

je pensais, je pensais, je pensais

il arrête de nager

” j’ai froid” crie-t-il

                                    Pourquoi?

la mer ne le porte plus

le mouvement s’interrompt, le mouvement s’interrompt, le mouvement

qu’est-ce que ça veut dire?

il pense aux fleurs prises entre deux pages de son carnet

” Il est trempé” dit-il “…mon carnet”

il pense aux fleurs

il pense à leur vie dans cette eau là

au sel qui les délavera

au soleil qui brûlera leurs derniers éclats

et au cormoran qui recrachera l’âpreté de ce qu’il restait de cette vallée

” une fleur ” il dit, il crache

je pensais, je pensais, je pensais

“qu’est ce que ça veut dire?” il dit

plus d’issue, il avait gardé une porte

belle, grande, ossature de guerrière

celle qui devait le laisser partir

si le prix à payer devenait indécent

elle a déjà coulé

” mauvais bateau, mauvais bois” pense-t-il

il n’y a pas de vautour ici

qui attend au dessus de votre tête grisée

il n’y a que le sel

qui serre ses mâchoires sur la peau

” je n’aime pas la morue…je déteste la morue” il dit.

L’hiver (2)

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS, Nous autres, hirondelles le 8 novembre, 2011 par ozhonaaye

Il ne pleut pas, pourtant le ciel est gris. Le sol sent la moiteur des jours d’automne, pourtant il va neiger. L’automne ne viendra pas, l’automne ne viendra plus.

Le fleuve est gelé mais il est moins large que la mer, à nager, à pagayer, à se noyer, ton corps est perdu.

Le fleuve est gelé mais étroit. Ne pas reporter. La clémence de l’automne n’arrivera pas et le reste n’est que condamnation à mort. Le fleuve parle une autre langue, bribes en phonétiques des appels entendus. Le fleuve n’écoute pas, il aboie sur tes bras, sur tes dents, sur ton cou. S’il te mord, c’est fini.

Un m’a dit qu’il y avait des crocodiles dans ce fleuve. Piège du géographe perdu dans un non-lieu entre Grèce et Turquie.

Un fleuve coule là.

The story of dragon’s eggs

Posté dans Nous autres, hirondelles, vidéo le 4 novembre, 2011 par ozhonaaye

Court-métrage ici :

Court-métrage, réalisé pendant une semaine d’ateliers à Mytilini, île de Lesvos, Grèce.
Nous avons passé une semaine avec des amis migrants et grecs là bas, pour écrire, tourner, monter et sous- titrer ce court-métrage ensemble.
Quatre personnages, quatre histoires, du Pakistan à Mytilini, qui sait ce qu’il y a dans un oeuf de dragon.
Houcine dit qu’ils sont des dragons, eux qui ont franchis les frontières, et que personne ne peut savoir ce que contient un oeuf avant qu’il n’éclose.
Ce court-métrage a été projeté en la présence de tous les participants à Mytilini, et il sera projeté le 4 novembre à Istanbul, durant une soirée organisée par GDA ( groupe de solidarité pour les droits des migrants).

Le pont

Posté dans BRrèves POéTiques D'IcI et D'aILLeurS, Nous autres, hirondelles le 4 novembre, 2011 par ozhonaaye

Le frigo grince, l’origan a mangé le mur, j’attends.

Le fil de l’horizon se rompt, jeun hivernal.

Sur le Bosphore gelé, pieds congelés, je marche sur l’eau vers la porte de sable.

Je ferme les yeux devant la femme serpent. J’entends seulement le bruit des écailles frappées par l’eau. J’entends seulement les cris.

J’attends.

Pas d’alarme, pas de réveil, sonar éteint. L’eau brise mes genoux, mais j’attends.

Un contenaire du port se noie, tombé du Yang-Ming, import chinois qui renverse la mer de Marmara devant mes paupières closes.

J’attends.

J’attends de savoir quelle rive le soleil saluera en premier, la rive Est ou la rive Ouest?

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