On court, quoi qu’il arrive, , fuyant des ombres, toujours plus lâches, toujours plus nombreuses. Après rien ? la manif prend le pas sur les manifestants, un à droite, un à gauche, une voix s’élève, plus forte que les autres, on court, on la suit… pourquoi ? aucune réponse d’autre que le désarroi, un peu de peur, d’appréhension, un peu de ce qu’ils nous balancent, que le Malox ; les bonnets et les écharpes ne peuvent filtrer. On s’en prend plein la gueule, voilà une vérité, à vous de voir qui sont les plus résistants, si un frère tombe, un autre s’arrête quitte à se prendre une matraque de Damoclès en pleine tronche… Et quand un bleu tombe c’est une rafale qui se venge alors sur le premier malvenu. Qui s’épuisera le premier ? A trop courir, nous sommes prêts, nous courrons depuis toujours, après le vent, après les mots, après le soleil qui se couche trop tôt, après la nuit qui hôte son manteau qui nous gardait si fraîchement à couvert. Nous courrons, les uns avec les autres, le souffle reprenant, l’entraînement est acquis pour celui qui a piqué une pomme, sauté la barrière de son bahut, embrassé la cour de récré des mille pénombres, nous courrons. Et la gare d’arrivée, la veillée autour du feu prétendu éteint est pour tout de suite, encore un instant, un simple moment, un recueil de mots qui se placeront sous nos pieds et nous feront courir toujours plus vite, pas apaisés, pas grisés non plus. Comment l’être, à part par la poudre, sorti du canon dos-à-dos, lâche apprend le jeu des revolvers, que tu connaisses au moins tes propres règles. Comment l’être, nos parents sont de partout, notre sang aux milles odeurs, sait ses saveurs funestes, sait les coutumes honteuses, sait les courses des uns pour échapper toujours aux mêmes… L’ordre et le contrôle n’auront jamais la main mise sur nos pas, parce que nous savons vers où nous allons, et qu’eux ne vont que contre cela. Si l’on se perd, un moment, une vie même, c’est qu’il en était ainsi, les empreintes resteront. Mais s’ils se perdent, où iront-ils, si un jour ils n’ont plus personne après qui trottiner, plus personne à surveiller, plus personne sur qui calquer leurs pas de misère, plus d’ennemi à inventer… Où iront-ils?… Nous vous mènerons là, à l’oubli, à ne plus savoir ce que vous faites là, à l’endroit où il n’y aura plus personne à chasser.
Les maisons des Demi Lune sont toujours debout… passez nous voir au 64-66 rue de la demi lune à Montreuil… Et le jardin en sortira plus d’un de la morosité parisienne…
Nous allons nous remettre aux ateliers, réflexions, filmages, écriture…etc. Dés septembre, alors écrivez, apellez, bref venez aux nouvelles si vous voulez vous joindre à nous.




La norme d’habiter se fond dans la masse normée elle-même, norme d’habiter seule, d’habiter en famille, norme de construire une famille ou une vie seule, norme d’isolement, norme de normalité même imposée par une société qui tend à casser toute dynamique collective pour imposer son individualisme et sa tristesse. Ainsi tenant la masse dans une tristesse induite par un fonctionnement obligatoire car garant d’un logement, d’un salaire, lui-même garant du logement, le monde tient en laisse, par liasse, l’individu cuisinant ses plats pré congelé, parlant à sa télé, et interdit de tout rassemblement en réunion qui pourrait pervertir la tranquillité des mêmes individus. La roue ne tourne plus, à coup de bâton elle a été bloquée, dans le champ du linge pendu trop bas ou trop haut par la voisine de palier à qui bien sûr il ne faut pas parler car elle parle déjà beaucoup trop fort. La norme est isolement, résignation et effondrement de toute vie sociale et affective, hormis celle conforme, de sa femme, son mari, qu’il faut aimer pour toujours et uniquement, ses enfants, qu’il faut envoyer à l’école de la République, apprendre qu’il leur faudra travailler et se loger et avoir une même famille. Il faut, une fois pour toute, il ne faut rien d’autre que d’être ce que l’on veut, et en dépit du danger que cela comporte pour l’autre société étouffée par ses normes, allons y. Et je parle bien là d’une société, sorte de personne morale, morale encore. La norme n’est pas dans un désir de partage, ni dans un désir de nomadisme, ni or des lois excluantes…La norme réduit l’accès à ce qui est montré comme la base de la décence, oubliant que nous sommes des Hommes libres, ignorant que notre dignité tient à comment nous pouvons rendre possible le fait d’être nous-mêmes. Et nous atteignons cela par l’illégalité de vivre ensemble, de vivre différemment, sans établir un meilleur modèle, sans nous poser en exemple, quand bien même ce nous exemplaire n’existe d’ailleurs pas. C’est ici, notre toit, entre le ciel et la terre.