D’où viens-tu? Des suites autour de Nerelisin

D’où viens tu ? Rassuré par deux mots ou noyé sous le regard d’un visage étranger, un visage qui tait son foyer, un visage qui trace une ligne, les mots qui ne viennent pas, ou mal. Mal placé, mal tracé, et toi, d’où viens tu? Dire ce que l’on veut, inventer, solder son histoire à un seul désir, être l’étranger que l’on voudra pour cette fois. Démographie lointaine, des lignes, des lignes, qui impriment notre visage, qui parlent, qui racontent, strates du temps pris à cet endroit dans la géographie. Tendre une carte du monde sur un bout de sable qui n’y verra que du feu. Lecteurs étranges, et voyageurs bracelets aux poings, ce ne seraient que de bougres voyages, et on les appelleraient déplacements. Alors d’où viens tu? A partir de quand, ce serait le début? Puis le secret, les mensonges, les massacres, la langue qui fourchera de toute façon. A certains endroits, les noms mêmes de nos villages ont été changés, traduction vainqueure de nos mémoires soudées à la terre. Que pourrais-je te répondre alors ? Nos noms sont muets, écoute nos chansons, combats, luttes, amours et mascarades, ils nous restent ces mots là, des Noms maintenant. Histoire à l’envers, partir d’où l’on est et voir où l’on s’arrête dans le temps à rebours.

Venir ou aller, et aller et venir, et… Venir je ne comprends pas, comment un verbe pourrait dire tant de choses, tant d’images, c’est naïf ce que je dis, j’imagine que vous ne me voyez pas venir, comme le train du bout du quai, comme le mec prêt à éjaculer, comme une affirmation à qui est de la partie? Je viens! D’où viens-tu? Des couilles de ton père au bistro d’à côté, comment deviner à l’instant où le point se pose sur la question, quel sens a t elle? Que veux tu savoir, ou plutôt pourquoi veux tu savoir quelque chose d’aussi intime sur moi, car peu importe à partir de quel moment je vais te répondre, tu auras là une information sur ma vie, mon agenda, mes occupations, mes visites, tu en sauras davantage que l’ami qui ne me l’a jamais demandé, que ma mère qui n’a aucune idée de mon quotidien. Asseyons nous et discutons alors si tu veux savoir d’où je viens? Car il est peu de questions aussi fortement intrusive qu’on ne peut la poser qu’en sachant la provocation vers laquelle on va tirer le prochain dialogue. Faire comme si c’était banal devient alors une agression pour l’autre. ON sous-entend qu’il doit nous répondre, qu’il doit prouver que sa réponse nous va. Il doit dire qu’il vient de quelque part qui nous plait en somme. Alors évidemment, nous pouvons mentir.

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