Le 14 et le 15 – ô cigognes (suite)

Il est 17h02, 2ème vendredi du mois, demain tout le monde dansera. Le jour d’avant, nous sommes le jour d’avant, l’argent flotte dans la pantalon trop grand, trop court, mal coupé. C’est celui de mon cousin je crois, Primo. Sa mère me l’a ramené la dernière fois qu’elle est venue ici. La poche droite usée est douce, douce de ces mains à lui qui ont plongé mille fois sur le tissu collé le long de sa cuisse. Primo est plus gros que moi, il a une cuisse molle. Il est à la maison là-bas sans travail, sans joie, à part celle d’être du bon côté de la montagne. Moi, je vois, je sens la journée de demain, je la prolonge aujourd’hui, je fais que le 15 du mois résonne sur deux jours. Ma main dans la poche du pantalon de Primo semble douce. Il est 17h14, j’ai quitté la mine à vélo, le vent m’apparait réel. Il est le souffle du poêle en entrant dans le baraquement, l’haleine de ma fille de 6 ans qui pourra se coucher tard, la passage à ma droite de Bénita, l’eau de Cologne. 17H28, je pose un pied sur la terre étrangère, je croise Julius, il sourit. Il attend de voir Isabella demain, au bal. Sinon leurs parents ne les autorisent pas à se…Nous sommes le 15 du mois, la moitié du salaire plongé dans le petit pot sur l’étagère, faite du bois de la forêt de Petite Rosselle, il y restera 24h, l’argent. Le pot est en fausse porcelaine, 3 roses en relief annoncent ce qu’il contient : du vin, des frites, de la polenta grillée, des sodas, des bonbons, la bal tout entier résonne dans les billets pris dans le pot. 17H59, je suis heureux. Ma femme rentre du lavoir, la petite dort un peu, j’entends mon frère rire dans le baraquement d’à côté. Ces 2 journées me font tenir un mois. Raconter la joie au téléphone alpin, envoyer la monnaie là-bas, sourire au capo allemand qui me fait descendre vers la mort tous les matins. 2 journées par mois, plutôt qu’une. Je créée l’écho, vitesse de la lumière dédoublée. On tient, je tiens, vous tenez. 18H13, j’écris à ma mère. Je n’écris que les jours où je suis heureux, le 14 et le 15.

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ô cigognes – La prime

Voyez le noir absolu, qui aveugle, qui brouille les couleurs, celles que tu n’as jamais vues. Le noir comme nouvelle aura. Scintillant, les yeux fermés voient davantage que les yeux ouverts. Un papillon, un cercle qui se transforme, une panoplie. L’étoile devient transparente, suinte. Un renard bleu surgit, il est d’un bleu impeccable. Puis le souffle, le noir, la boite se ferme, close, l’esprit, les couleurs, se ferment. Un égout, dépouille rousse qui flotte. Les yeux s’ouvrent, voyez les aller/retour, beaux et noyés, le noir sur la bouche, le même bus, la même baraque, le même médecin. Seules les langues, changent, s’agitent, jouent aux inconnus. Le chef ne parle qu’une langue, les autres en parlent au moins 4 différentes. La langue du chef devient la langue commune.

Voyez le chef, le chef qui pointe le doigt, qui pointe les faces noires, le chef qui crie, qui rit, qui rend les promotions. Stylo argenté, reflet du crâne pelé de la face noire. La prime qui tombe. Le second s’est lavé le visage, il a la peau blanche, les pommettes rougies par le froid de l’Est. Il est tombé malade il y a deux mois, les poumons en feu, feu des poudres, feu du fond, feu. Il sait qu’il n’aura pas la prime. Il pose une main sur la poignée de la porte, il a oublié de laver cette main. Voyez la qui pose ses empreintes ici, devant le bureau du chef. Voyez la porte qui s’ouvre sur ses yeux qui prient encore la sainteté animale du cul blotti sur son dossier. Dans le grand livre, écrit du noir sur du blanc, il manque 2 jours. Il n’aura pas sa prime.

En voyage, il aurait dit

En voyage il aurait dit, le grand père au chapeau vissé, en voyage. Les semelles rongées à même le pied, la montagne farouche et belle. Ils voyaient la cour, le tri, le travail. D’en haut, il le voyait. Une fois en haut. La semelle finie, c’est la plante d’un pied de rital qui use la descente.

En voyage, le train payé, ramasseur de sucre, il est blanc le bonhomme, c’est de la betterave. Terre foncée et lardons, ce sera aux Corons, au bal, à la mine, au béton. En voyage.Sur la bande magnétique on rit, on chante, en patois.  Il manque le vin et les gâteaux, ils seront du prochain voyage. Ça enregistre là ? 

 Madame vous pouvez me répéter votre nom s’il vous plait, je n’ai pas bien compris… Il dit quoi lui ?…Il aurait dit ça et au journal tout allez bien. On se faisait tuer, insulter, démonter, humilier et finalement il dira ça s’est toujours bien passé, à part quelques belliqueux là… des ritals on en avait besoin alors…ce n’était que des hommes, seuls, tu vois, tu ne sais pas ce qu’ils pouvaient te faire…ah ils travaillent c’est sûr, mais ils buvaient aussi, faut voir…

Des courses, des talus à se planquer, les rues où tu sais qui il ne faut pas croiser et la famille ailleurs, les mots que tu as du mal à retenir, ceux que tu inventes. Nous, on était parti en voyage. Des voyageurs écorchés, la lame à un beau sourire bleu, blanc, rouge et elle taille, le long de ton os, pour être sûr qu’il ne reste plus rien de toi.

Que faire de tes os ensuite, ceux qu’il te reste, pour aller plus loin dans ce voyage que tu voulais à peine faire. Si il y avait un horizon pour les exilés, de quelle couleur serait-il ? Leurs mains étaient noires, de toute la raclure des déchets, du goudron, de chardon, comme si le plus noir possible n’était réservé qu’à eux seuls. Leurs joues rouges, du soleil ou du froid qui perce, qui tire, la peau, l’écorce des visages. La mère est arrivée ce matin, avec deux des filles, ce soir on mangera trois œufs peut être. Mais la tante d’à côté a râlé, il en faut un pour nous aussi.

Sous la pluie (la mémoire en drapeau)

 

De l’Italie et la mémoire

En cigogne agonisante

Le costume dans l’arbre

La costume parlait sous l’arbre vivant

Le costume s’est tu

Et la mémoire déracinée

S’envole sous la cigogne erronée

Et le jour se lève, amnésique

Nous ne saurons pas qui nous sommes.

 

 

 

Laisse moi pleurer sans savoir jamais où iront mes larmes

J’ai vu sous la noirceur du charbon, les yeux noirs, de la colère transmise,

Redis moi,

Encore de là bas,

J’attends, sous la pluie, de pouvoir t’entendre.

Redis moi que la colère disparaît, parvenue, je suis en colère pour une autre

Et de quel droit ?

Je n’aurai assez de mes larmes comme lame de la vengeance

Pardon d’oublier mais tu es parti avec la moitié de ma mémoire.

 

 

 

Tu as dis des cigognes et des autres,

sans les attendre,

dans le bus vide

Quand rien n’est un choix,

quand le sacrifice est une vie

et la famille

le fruit que l’on mangera toujours trop tôt.

Quand la cabane ne sera jamais assez grande,

quand les œufs seront toujours amers.

 

 

 

Dis moi, sous la pluie, j’attends,

parce que je ne comprendrai pas,

Dieu me permette de ne jamais pardonner ça,

je ne pardonnerai.

 

 

Et vole, nous volons avec toi,

et le costume restera, les ourlets reprisés, nous savons coudre

Nous savons coudre les histoires.

 

 

Pardon d’oublier mais tu es parti avec la moitié de ma mémoire.

Nous ne saurons pas qui nous sommes,

quoiqu’il arrive la moitié du livre est blanc et le reste est noir,

comme vos visages de mineurs.

 

 

Le reste est noir,

hantée par « une vie gâchée », elle m’a dit.

Je serai hantée, et la cigogne de me sourire quand je voudrais la désarçonner.

De quel côté sommes nous ?

De quel côté,

sous la pluie,

qui sait ?

 

Le chant d’au revoir de la mer noire

Dans l’arbre

Il reste un costume accroché dans l’arbre

Il reste des boutons de manchette qui flottent au vent

Il reste des histoires que les enfants racontent quand les plus vieux partent

Les oiseaux récoltent les histoires des gens

Il passent au dessus des costumes accrochés dans les arbres,

Examinent le vêtement,

Et ils gardent pour toujours les histoires.

Il reste un costume accroché dans l’arbre

Bien plus qu’un bout de tissus,

des bouts de chair qui l’ont habité

Les plis des manches et l’usure des ourlets

Je sais que tu es passé par là mon oiseau

Je sais ce que tu as tenté de rassembler les morceaux de l’errance

Les morceaux de la bataille de l’exil

Je sais que tu as cherché les rides du visage, des mains

Que tu as trouvé derrière les cous des traces de vie, des traces de charbon

Des cicatrices au fond des bouches, dans les langues,

dans les mots qu’on a ôté à ta famille

je sais que tu veux prendre ces mots, leur rendre une place

et j’aime les beaux portraits que tu ramènes de tes vieux

Dans tes ailes je sais que tu écris chacune des courbes qui font tes anciens

Et grâce à toi, je me sens proche de ton histoire

Le chapeau au vent sur les photos de Venise

Est parti en laissant son costume accroché dans l’arbre

pour que tu l’enfiles, que vous l’enfiliez, toutes

Génération de femmes soudain déplacées,

en cascade, d’un pays à l’autre

Femmes dont je suis les pas comme ceux de ma propre mère

Je vous en prie, enfilez ce costume et soyez en fières,

Vous portez la plus belle des peaux

ANOUCK NAAYEE

Les histoires sont médecines…pas celle-ci

Décembre 2011

Nous sommes tous là et je ne vois plus que le serpent qui lui mange tout le bras et je ne vois plus que la vipère penchée sur son torse et je ne vois plus rien. Parce que mes souvenirs partent avec lui, parce que ma mémoire se trouble en même temps que mes yeux, parce que j’ai fermé les paupières pour ne pas voir les siennes.

« Je passe l’éponge »

il dit ça sur le ton qui n’impose rien d’autre que le silence qui plonge la pièce dans nos outrages

nous ne sommes pas là, nos corps même sont dans les limbes, ailleurs. Il plisse les yeux, nous voyons chacun des gestes, chacune des mauvaises manières, nous devinons tout en faux sourire, en mal d’espoir, en guerre perdue « c’était écrit d’avance » et je hurle et le mur me renvoie ma salive à la gueule et je tombe et je perds la mer morte dans ce couloir

j’ouvre les yeux je n’ai pas bougé, ils sont tous là et lui nous regarde…Il ne parle pas, plus , presque, et puis peut être simplement parce qu’on ne l’écoute plus qu’on essaie de finir ces phrases qui n’existent pas, qu’on invente parce que la vie ne nous laisse pas d’autre issue, il paraît…

«  il n’y aura pas de bonne issue »

ils nous ont dit ça, dans les regards que tu voudrais défigurer, dans les mains sales qui se posent sur ton épaule

«  Je ne sais rien », il pourrait nous dire et nous serions abasourdis, dans le flou de nos mains qui ne nous trouvent plus, depuis des semaines, on ne sait même plus se toucher, se dire  «  ça va aller ». On ne sait pas faire ça, on est juste là, sans bouger, face à son lit, face à ce lit sourd quand moi je voudrais qu’il chante encore, qu’il rie encore, qu’il dise «  on y va ». Et puis nous ne savons pas pleurer, nous ne savons pas nous regarder dans les yeux, nous ne savons pas baver de douleur. Nous ne savons pas et lui ? Qu’est ce qu’il ferait à notre place et qu’est ce qu’il voudrait. Je ne sais pas, je ne sais pas qui est cet homme dans ce lit, mais ce n’est pas lui et je ne sais pas ce que cet homme voudrait comme adieu, comme fin parce que lui, allongé là, je ne le connais pas.

Juillet 2012

Elle s’est penchée sur lui, allongé là il la regardait comme si il ne reconnaissait qu’elle dans cette pièce, et il avait vu juste, la chaleur de cette pièce n’émanait que d’elle. Je ne les ai jamais vu si beaux, quand elle déposait ses lèvres sur les siennes, fatiguées mais émues. J’aurai voulu pour cette fois garder cette image sur un papier, la gardait, dans le pli de mon blouson pour toujours. Je ne voudrais pas l’imaginer seule, sans lui, sans eux ensemble, sans leur force là qui a tout vaincu. Ils ont 160 ans. Je n’imagine pas.

Dans le froid de la pièce, il ne me reconnaît pas, mes oreilles sifflent, je revois le baiser et j’arrive à sourire, sinon pleurer est interdit ici, maintenant, on garde nos larmes pour plus tard. Notre château d’eau est gigantesque. On se regarde, tous, dans l’idée qu’on se serre de toutes nos forces, dans l’idée qu’on sera plus forts, parce qu’on est là ensemble. Et l’infirmière glisse son regard par la porte, les hommes sont seuls ici mais pas lui.

Pour cet après midi, on retrouve notre courage de meute, sans se le dire, on erre ensemble dans les rues de la ville que l’on ne connaît plus, on rit ensemble comme ça n’est pas arrivé depuis l’enfance, on se connaît peu. On téléphone, on parle, on invente de la présence, on s’invente en famille, plus grande qu’à l’habitude. On doit se trouver, autour d’eux, briser la solitude, briser la pièce glaciale qui voudrait l’avaler. On s’imagine plus fort et en vérité, on l’est. Les kilomètres défilent, par toutes les voitures qui accompagnent les baisers de ma grand-mère jusqu’à l’hôpital. La nona ne manquera pas un jour, la nona ne passera pas un jour sans lui, elle a déjà abandonné ses nuits à

On a déjà laissé ces satanés poisons prendre leurs nuits, on ne les laissera pas éteindre les jours. On a déjà laissé ces satanés poisons le confondre, prendre sa tête, inverser ses mots, ronger ses songes, on ne peut pas le laisser se perdre.

On roule à l’envers, on revient, on repart, on perd le chemin, parce qu’on sait qu’il n’y en a pas. On en trace, il s’efface bêtement, on perd les cailloux semés là par le cousin. Il n’y en a pas, pas d’autre que celui tracer par le baiser de la Nona qui doit arriver jusqu’à lui.

Octobre  2012

Stop. Stop.

Pas d’arrêt cardiaque. Le cœur continue au delà de tout, le cœur continue. D’un lit à l’autre, fossé du lit médical, le lit même devient médical.  Les histoires sont médecines… pas d’histoire il s’endort, pas de médecine… médical. Le lit ne guérira pas, il assoit la maladie, l’emballe.

Stop.

Elle ne reculera plus. Et les yeux qui pleurent, et les yeux qui parlent : «  et alors ? », et seuls les yeux.

Il reste des pâtes dans une assiette, il reste des chemises dans la buanderie, il reste une chaise dans la salle de bain. Il reste des traces, sans la présence. Et ça ne suffira pas. Ça ne suffira pas aux yeux, ça ne suffira pas aux larmes. Les traces ne suffisent pas à oublier la présence. Malgré les yeux voilés, malgré le fait qu’il soit là.

…Pasqua…Nona…

Je prends ses larmes, à pleine main, à pleine bouche, je les bois en une seconde, toutes ses larmes, en une seconde, je me noie essayant de lui offrir cette seconde là de grâce. Je m’imagine, c’est Pâques demain, je m’imagine pouvoir lui laisser une seconde de répits, une seconde où elle se grandira, ouvrira ses pupilles et ne baissera pas les yeux. Je m’imagine ça, suffoquant car j’avais les yeux plus gros que le ventre, mon cœur trop petit et je ne sais plus, cette seconde là, si j’y survivrais.

Je ne voudrais pas être l’autre, l’ici, je n’aurai pas de lauriers sur ma tête, nona, je n’en aurai pas, je te jure, sur notre Dieu…Ta fille a fait ce chemin là, ma liberté est ailleurs, je suis le sang de cette guerrière là, pourtant, ma liberté est ailleurs.

assimilation VS intégration

L’assimilation a éteint les migrants, les autres, les étrangers ; elle les a déculturés, a hôtés leurs différences en un coup de guillotine patriotique. L’assimilation a invisibilisé des centaines de milliers d’individus ; arrivés autres, intériorisant leurs richesses, baissant la tête un peu plus que les autres. En 40 ans, on a oublié ceux qui étaient venus maçonner, enrailler, creuser, miner, ramasser, cueillir… Les fleurs de l’essor français bernées, ils ne leur restait plus qu’à disparaître sous l’humus citoyen. En 20 ans, les noms, prénoms, métiers, langues se sont transformés, francisés ; remplacés par d’autres, élémentaires mon cher, ne reste alors plus aucun signe distinctif de non appartenance à la République. En une génération ou deux, tout au plus, les ghettos, baraquements, crollons, explosés ; plus de trace, autre que les vieux à l’accent forcé à qui on a appris à se terrer chez eux.
A l’arrivée des nouveaux migrants, suite au nouvel essor national, a suivi l’arrivée des grands ensemble, économie parallèle ? Intégration ? Comment assimiler une population noire, arabe ; chinoise, musulmane… Comment ? En revêtant Marianne des principes français, en définissant une norme et un mode de vie français, en brandissant la sauvegarde de l’exception culturelle française, et , toujours, en tapant sur les doigts de qui ne parlerait pas correctement français ou ne boufferait pas du camembert puant.
L’intégration ? Quand assimiler fait disparaître, annihile ce que nous sommes ; intégrer réévalue, survisibilise. Quand la différence, l’autre, nommé, défini, montré du doigt ; se trouve de fait parvenu, quand cet autre se trouve dans le même immeuble, dans le même bus, à côté et nous renvoie alors notre propre originalité, différence, alors qu’on n’osait pas la regarder en face depuis des siècles. Quand est défini le bon comportement d’intégration ou le mauvais, quand est appelé français d’origine la 2ème, 2ème, 4ème génération d’enfants nés en France, quand la République définit et dresse face à la population le portrait robot du bon immigré.
Quand l’assimilation st un meurtre, l’intégration est une longue torture.
A savoir qu’aujourd’hui, les politiciens se demandent toujours pourquoi l’une ou l’autre fonctionne ou pas.
Nous avons fait d’un sol, des territoires, apparentés, nommés, enfermant et obsédant. Nous avons créé nos propres limites. Nous avons été vers le résultat oubliant le processus. Nous sommes des imbéciles, des bourreaux et nous n’avons de cesse de trouver de nouvelles insanités pour réduire l’humanité à un « homme moyen » pré défini. Pré défini par quoi ? Par le capital, l’économie, la masse. Nous sommes médiocres, qui pouvons nous blâmer de vouloir être autre que cela ? Nous brandissons nos haches aux contours des espaces que nous protégeons en en réclamant les valeurs, les principes et les caractères d’exception ; alors que nous ne faisons que les niveler, que nous en oublions l’histoire.
Nous sommes médiocres et avons peur que quiconque, n’ayant pas subi ce nivellement, de l’extérieure, en entrant ici, nous révèle note médiocrité.
L’assimilation et l’intégration sont des jeux de barbares, ne sont pas des jeux en fait. Nous avons peur d’une invasion, d’une remise en question de ce que nous sommes et de ce que nous brandissons, du manque de travail, du trou de la sécu ; nous avons peur de l’ailleurs, quand il est autre que nos vacances exotiques.
Nous sommes des barbares et notre plus grand envahisseur c’est la peur qui nous ronge de l’Intérieure.

My Bones BAG Costume

Mon costume en sac d’os, une tuile sur l’épaule et la fenêtre qui me fait un clin d’oeil, c’est quoi l’époque, où on s’aimerait plus ou mieux, où tout passerait sans dessus dessous, sans cache manteau, sans faux semblant, pas de costume en peinture noire, tous idem, c’est quoi l’époque? Quand il fait bon marcher la tête courber, celui qui sait prend la tangente, couronne de Damoclés sur le crâne,peut-il encore imaginer, conspirer? Mon costume en sac d’os, bien blanc, trop blanc, à faire pâlir le moindre maure, métèque viré, exclu, et où sous les laves sont remplumés les mauvais prêcheurs, les mauvais pêcheurs, Hallelujah. J’ai le sang rouge mon frère, comme toi? Je vois le tien couler chaque jour, quand le mien est sacré. C’est quoi l’époque, celle où nos costumes d’os suffiraient, pas besoin de manteau, de parure tronquée, empruntée de nos cultures faussées, des folklores, des putes , de ce qui se vend au mieux, j’ai le souffle qui se tait, je ne sais plus, mon frère, ma soeur, sur quel pied danser, mourir ou recommencer à mieux souffrir, à mieux emprunter à quelle époque? A quelle époque nous n’aurons pu à murmurer à nos oreilles, à chercher de faux anneaux pour se marier,à quelle époque, nos sacs d’os se verrons re doré de blason où il fait bon cracher. Je hais le temps et pourrir sous les minutes infligées avant le rempart où se faire renvoyer? Où fait-il bon aller pleurer et crever? Dis moi mon frère à quelle heure ils te laisseront passer et ton sac d’os en mouroir, même plus bon à rogner. Mon sac d’os vêtu, je n’ai plus qu’ à avancer, patte blanche sur mon dos de carnassier.

Traduit en Anglais et transmis a Azadi dans notre correspondance

SauTonS à trAverS lE mOnDe

L’errance mène là, devant l’infini d’une mer en furie ou l’absolu d’une montagne infranchissable, entre deux vies, dans une existence en transit. L’errance mène là, les uns à passer par des routes plus closes les unes que les autres, pour tenter de trouver un ailleurs prometteur, pour fuir un hier sous la guerre ou les menaces ; les autres à errer, passeport en main, départ par avion, train, stop ou autre, passage toujours plus grand, toujours plus libre, parce que c’est ça qu’ils cherchent la liberté, se sentir exister, vivre au-delà d’une société qui sous tend la richesse et cette liberté même de consommer, d’être là en mouvement même si toujours plus immobile. Alors les espaces sont traversés par ces individus en fuite, en relâche, qui poursuivent la voie pour s’éloigner de leurs propres démons. L’occident produit des routards, perdus entre les fantasmes d’orient et l’euphorie d’une liberté enfouie aux confins des pays les plus cadenassés. Nous autres européens, croisons sur nos chemins de vacances équitables, de vacances tout court, d’errance ou de lutte, d’autres individus, les voyons nous ? Ceux qui sont en mouvement aussi mais dans l’autre sens, ceux qui viennent chercher de l’apaisement quand nous courrons après l’adrénaline, et l’excitation d’un ailleurs inconnu. Je ne sais pas si nous nous croisons, si nous pourrions nous arrêter et nous éclairer chacun, et s’aider aussi pourquoi pas… Soyons fous, une seconde, si nous trouvons l’errance ce jour, allons jusqu’à l’ivresse demain. Mais nous sommes dans l’aisance en même temps, nous courrons à ciel ouvert, quand d’autres rampent pour passer un poste de frontière bien gardé, aux mitraillettes aiguisées. Nous courrons, passeport dans notre petite banane soudée sur notre peau, quand d’autres ont tout lâché à l’entrée de leur illégalité frontalière. Quand d’autres ne savent à peine quel jour ils sont nés, où, et qu’il vaudrait mieux parfois qu’ils taisent même toutes formes de nationalité, de familiarité ; nous sortons notre passeport « nationalité française » et sautons à travers le monde. Je croise les regards, dessins du futur sur mes mains bien propres, je croise les regards, à chaque montée de bateau, chaque descente de bus, dans le désert qui offre ses soupçons à chacun, sous les horizons rouges de colère, je croise les regards et n’ose imaginer ce qu’il pense lui de moi. Son histoire, vers où il va, se pose t il les mêmes questions ? Il s’en fout peut être, peut être ne m’a-t-il même pas vu, je suis semblable à tant d’autre, dans cet est où il fait bon montrer patte blanche, je ressemble à tant d’autre. Lui, non. Et il le sait. Je suis invisible alors qu’il porte une croix déjà sur son front. Déjà, l’homme en bleu s’approchera de lui, déjà ils le suivront sur le port, déjà il saura qu’il ira là où nous autres, européens, laissons la place à ceux que nous croisons dans nos voyages exotiques mais pour qui le passage est fermé ici. Le mouvement ne prend qu’un sens, qui part de l’est… Du sud, de l’Ouest et d’ailleurs, les empreintes plaquées au sol mène vers une prison. Nous sommes cela, une prison, nous produisons cela, sous nos yeux clos et sans savoir écouter, nous avons fermé un monde et crée une illégalité démentielle, celle portée par l’autre, par l’étranger. Nous avons redéfini une figure, comme criminelle, comme paria. ET nous la visitons chaque mois de juillet et aout en souriant.